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1885-1056

DICTIONNAIRE

DES

SCIENCES NATURELLES.

TOME XL VI.

ROCHES = SAF.

Le nombre d'exemplaires prescrit par la loi a été dé- posé. Tous les exemplaires sont reflétas de la signature de l'éditeur.

DICTIONNAIRE

DES

SCIENCES NATURELLES

DANS LEQUEL

ON TRAITE MÉTHODIQUEMENT DES DIFFÉRENS ÊTRES DE LA NATURE, CONSIDÉRÉS SOIT EN EUX-MÊMES, d'aPRÎîS l'ÉTAT ACTUEL DE NOS CONNOISSANCES , SOIT RELATIVEMENT A l'uTILITÉ Qu'eN PEUVENT RETIRER LA MÉDECINE, l'aGRICULTURE , LE COMMERCE ET LES ARTS.

SUIVI D'UNE BIOGRAPHIE DES PLUS CÉLÈBRES NATURALISTES.

Ouvrage destiné aux médecins, aux agriculteurs, aux commeroans, aux artistes, aux manufacturiers, et à tous ceux qui ont inlcrét à connoître lesproduclions de la nature, leurs caractèresgénériques et spéciEques, leur lieu natal, leurs propriétés et leurs usages.

PAR

Plusieurs Professeurs du Jardin du Roi , et des principales Ecoles de Paris.

TOME QUARANTE-SIXIÈME.

F. G. Levrault, Editeur, à STRASBOURG,

et rue de la Harpe, N.*' 81, à PARIS.

Le Normawt, rue de Semé, N.° 8 , à PARIS.

1 82 7.

Liste des auteurs par ordre de Matières.

Physique générale.

M. LACROIX , membre de l'Académie des Sciences et prniesseur au Collège de FraHce, (L.)

Chimie.

M. CIIEVREUL, professeur au Collège royal de Charlemagne, (Ce.)

Minéralogie et Géologie. M. BRONGNIART, membre de l'Académie

des Sciences , professeur à la Facullè des

Sciences. (B.) M. BROCHANT DE VILLIERS, membre

de l'Académie des Sciences. (B. de V.) M. DEFRANCE, membre de plusieurs

Sociétés savantes. (D. F.)

Botanique.

M. DESFONTAINES, membre de l'Académie des Sciences. (Desf.)

M. DE JUSSIEU, membre de l'Académie des

Sciences , professeur au Jardin du Roi. (Jy) M. MIRBEL, membre de l'Académie des

Sciences , prof sseur ii la FacuUé des

Sciences. (B. M.) M. HENRI CASSINI , membre de la Société

philomatique de Paris. (H. Cass.) M. LEMAN, membre de la Société philoma

tique de Paris. (Lem.) M. LOISEI.EUR DESLONGCHAMPS

Docteur en médecine, membre de plusieui

Sociétés savantes. (L. D.) M. MASSEY. (Mass.) M. POIRET, membre de plusieurs Sociétés

savantes et littéraires , continuateur de

l'Encyclopédie botanique. (Pom.) M. DE TUSSAC, membre de plusieurs

Sociétés savantes, auteur de la Flore des

Antilles. (De T.; la gravure.

MM. DE HUMBOLDT et RAMOND donneront quelques articles sur les objets nouveaux qu'ils ont observés dans leurs voyages, ou sur les sujets dont ils se sont plus particuliè- rement occupés. M. DE CANDOLLE nous a fait la même promesse.

M. PREVOT a donné l'article Océan; M. VALENGIENNES plusieurs articles d'Orni- tbologie; M. DESPORTES l'article Pigeon domestique, et M. LESSON l'article Plumier.

M. F. CUVIER est cbargé de la direction générale de l'ouvrage, et 11 coopérera auï articles généraux de zoologie et ii l'hislojre des mammifères. ( F. C. )

Zoologie générale , ^natomie et Physiologie.

M. G. CUVIER , membre et secrétaire per- pétuel de l'Académie des Sciences, prof, au Jardin du Roi, etc. (G. C. ou CV. ou C.)

M. FLOURENS. (F.)

Mammifères.

M. GEOFFROY SAINT-HILAIRE, membre de l'Académie des Sciences, prof, au Jardin du Roi. (G.)

Oiseaux. M. DUMONT de S.ie croix, membre de plusieurs Sociétés savantes. (Ce. D.)

Reptiles et Poissons.

M. DE LACÉPÈDE, membre de l'Académie des Sciences, prof, au Jardin du Roi. (L. L.)

M. DUMERIL, membre de l'Académie des Sciences, prof, à l'Écolede médecine. (C. D.)

M. CLOQUET, Docteur en médecine. (H. C.) Insectes.

M. DUMERIL , membre de l'Académie des Sciences , professeur à l'École de médecine. (G. D.)

Crustacés.

M. W. E. LEACH, membre de la Société roy. de Londres, Correspond, du Muséum d'his- toire naturelle de France. ( W. E. L. )

M. A. G. DESMAREST, membre titulaire de l'Académie royale de médecine, professeur à l'école royale vétérinaire d'Alfort, etc.

Mollusques , Vers et Zoophytes.

M. DE liLAINVlLLE, professeur i la Faculté des Sciences. (De B.)

M. TURPIN, naturaliste, est chargé de exécution des dessins et de la direction de

DICTIONNAIRE

DES

SCIENCES NATURELLES.

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JaOCHES. {Min.) On s'accorde assez généralement à donner ce nom à tous les minéraux qui se rencontrent en masses dans l'écorce du globe , sur une étendue assez considérable pour qu'on puisse les considérer comme une des parties com- posantes de cette écorce , et non pas comme un corps qui y est simplement engagé de diverses manières.

Mais c'est sur ce seul point que les géognostes sont à peu près d'accord; aussitôt qu'on veut étendre cette définition, on trouve une assez grande divergence d'opinions.

Dolomieu, un des premiers géognostes François qui ait exa- miné cette question sous ses différens aspects, ei qui se soit servi le plus souvent du mot de Roche, le restreignoit aux masses composées de plusieurs espèces minérales.

Les géognostes allemands , au contraire , l'étendent non-seu- lement aux masses composées d'une seule espèce; mais ils comprennent souvent dans la même idée et sous la même dénomination de Gestein et de Gebirgsart, ce que nous distin- guons sous les noms de roches et de terrains; appliquant au premier mot l'idée de la réunion de plusieurs masses difFé* rentes, qui ont été déposées à la surface de la terre presque dans le même moment. Ils attachent par conséquent, comme on va le faire voir plus bas, beaucoup plus d'importance à la considération géognostique qu'à la considération minéra- logique.

Quant à nous, nous établissons une gradation d'idées, qui 4^ i

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nous semble suflisante , sans être surabondante , entre ces trois mots , minéraux , roches et terrains.

Les premiers, ou les minéraux, sont des espèces ou des va- riétés déterminées par les règles de la Minéhalogie (voyez ce mot), et considérés isolément, sans égard à leur masse, ni au rôle qu'ils jouent dans la structure du globe.

Les seconds, ou les roches, sont ces mêmes minéraux, con- sidérés dans leurs masses et comme entrant dans la structure du globe.

Les troisièmes, ou les terrains, sont l'ensemble de plusieurs espèces de roches considérées comme ayant été formées ou déposées à peu près à la même époque géognostique.

Les grandes masses minérales, que nous nommons roches, sont tantôt homogènes et paroissent composées d'une seule espèce . et tantôt hétérogènes ou visiblement composées par la réunion de plusieurs espèces minérales.

Les premières sont nommées roches simples ou homogènes , telles sont 'e calcaire saccaroïde, le calcaire compacte, le gypse, le seluiarin rupestre, la houille, etc. Les autres sont nommées niches composées ou hétérogènes , telles sont le gra- nité, le porphyre, le psammite, etc.

Jusque-là les naturalistes s'accordent encore bien tant sur la définition générale du mot Roche, que sur la séparation des roches en deux divisions.

Mais chacune de ces divisions peut être considérée sous des points de vue très-différens, et c'est sur l'importance qu*il faut donner à l'un de ces points de vue sur l'autre que s'établit le plus grand dissentiment.

Sûus le premier on ne considère que la nature des roches , leurs qualités extérieures, leurs propriétés physiques et chi- miques : c'est ce qui constitue leur histoire minéralogique.

Sous le second on a pour objet d'étudier le rôle qu'elles jouent dans la structure de la terre , de connoître leurs rap- ])ort5 entre elles et avec les autres minéraux : et c'est le sujet de leur histoire géognostique.

L'histoire minéralogique des roches simples ou homogènes, ou du moins de celles qui nous paroissent telles, doit être faite dans les traités de minéralogie proprement dits ; et c'est ce qui a lieu ordinairement , au moins pour la pi upart de cesroch es.

ROC 3

L'histoire mînéralogique des roches mélangées doit aussi être présentée séparément ; elle consiste dans la désignation des parties essentielles à chaque espèce de roche, dans la des- cription détaillée de ses qualités et de ses caractères physiques et chimiques; dans l'énumération de ses variétés, de ses mo- difications, de ses usages, et enfin dans l'exposition de tout ce que peut présenter une roche en faisant abstraction de sa position dans l'intérieur du globe , de ses rapports avec les autres, etc.

Les substances simples, quant à leur structure, ou au moins d'apparence simple, qui, par leur réunion, constituent les roches mélangées, doivent toutes avoir été caractérisées et décrites dans la partie de la minéralogie qui traite des miné- raux simples; on ne doit désigner les parties composantes des roches que par des noms : ce n'est plus le moment de les décrire, ni même de les caractériser; ce travail, qui seroit une digression tout-à-fait étrangère au sujet, doit, comme nous venons de le dire , avoir été préliminairement fait avec les développemens convenables.

Il me paroît donc indispensable , pour être conséquent au principe établi, et conserver de Tordre dans les idées et dans leur communication , de décrire dans les traités de minéra- logie les roches homogènes en apparence, qui ne peuvent se rapporter avec certitude à aucune espèce minérale, qui sont par cela différentes des espèces classées, et qui ne peuvent cependant être considérées comme roches hétérogènes. Ces roches homogènes doivent être décrites séparément, non- seulement parce qu'elles n'appartiennent à aucune espèce, mais encore parce qu'elles entrent quelquefois comme partie dans la composition des roches hétérogènes : or, on vient de dire que tous les composans d'une roche hétérogène ayant été caractérisés et décrits, il devoit suffire, pour faire con- noître ces sortes de roches, de désigner par leur nom les es- pèces minérales qui les composent.

En rejetant ce principe ou en le négligeant, on introduit dans les ouvrages de minéralogie une bigarrure, des omis- sions ou des répétitions qui détruisent l'ordre qu'on aime à trouver dans les ouvrages destinés à rassembler l'histoire des corps naturels. Ainsi, en suivant la marche adoptée par les

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naturalistes qui ne considèrent les roches que géognostiqye- luent, rhisloire du calcaire est arrêtée au point oîi il se pré- sente en masse un peu volumineuse, pour être reprise dans un tout autre moment, et à côté de celle d'une roche qui n'a d'analogie avec lui que d'avoir été une fois déposée à la même époque. Lorsqu'on décrit le spilite , il faut s'arrêter pour décrire sa base , puisqu'elle ne l'a pas été en minéralo- gie, et se contenter de nommer ses noyaux, qui Tout déjà été, etc.

La déterminaison précise, la description, enfin Thistoire minéralogique complète des roches mélangées, me semble donc devoir être faite séparément, et précéder leur histoire ' géognostique.

Cette déterminaison , établie aussi sévèrement que le sujet le comporte , rendra la description des diverses couches de la terre plus précise et plus claire.

La description des roches composées ne me paroit pas avoir encore été faite complètement, du moins de la manière dont je l'envisage. Les minéralogistes allemands , qui se sont le plus occupés des roches, ont presque tous, et presque toujours, mêlé la description minéralogique de ces corps avec leur his- toire géognostique, et l'histoire des roches simples avec celle des roches mélangées.

Il résulte aussi de cette espèce de confusion qu'on ne trouve nulle part une terminologie complète et distincte de la struc- ture des roches mélangées. On doit à Werner une termino- logie précise de la minéralogie proprement dite , et de la structure des roches en grand, c'est-à-dire de leur disposi- tion dans le sein de la terre; mais ces deux terminologies, quoique applicables en partie à l'étude minéralogique des roches mélangées, ne lui suflisent pas.

M. Brochant est le premier en France qui nous ait fait con- noître les principes adoptés dans l'école allemande pour la description et la classification géognostique des roches; il a exposé en 1801 , dans sa Minéralogie, quelques-unes des con- sidérations qu'offrent les roches, et l'application de plusieurs des termes employés dans leur description.

M. Reuss (en 1 8o5 ) , dans sa Géologie , a donné plus de dé- veloppemens à ce travail, mais il ne l'a encore qu'ébauché;

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il n'y fait mention que des principales structures , et a plutôt donné une esquisse de classification des roches, fondée sur leur structure , qu'une véritable terminologie de ces masses minérales.

M. le comte Dunin Borkowski a inséré dans le Journal de Physique (en i8og) un Mémoire qui présente une véritable terminologie de la disposition des roches, mais seulement de cette disposition en grand; ce qu'il dit de la structure en petit des roches mélangées est très-abrégé, et tiré en grande par- tie de la géognosie de Reuss, dont il a pris également le ta- bleau de classification qu'il a joint à son Mémoire.

M. de Leonhard a donné , dans l'introduction de son ou- vrage intitulé Charakteristik der Felsarten, une terminologie des principales manières d'être et modifications minéralo- giques des roches, et l'a très- soigneusement distinguée de la terminologie géognostique. Nous en profiterons dans celle que nous allons présenter.

Au reste, ces travaux sur les roches , et beaucoup d'autres semblables, faits par les minéralogistes étrangers, la plupart élèves de la célèbre école de Freiberg, ne sont presque tous que les principes et les leçons de leur illustre maître, plus ou moins développés.

Je dois exposer maintenant les principes qui m'ont dirigé dans la classification que je vais proposer.

Art. 1." Principes de classification des roches.

On peut considérer les roches sous deux points de vue dif- férens.

1.° Relativement à leur composition, c'est-à-dire ala nature, à la quantité et à la disposition des parties qui les composent.

2.*^ Relati\'enient à leur gisement, c'est - à - dire à la place qu'elles tiennent dans la structure du globe , et à leurs rap- ports entre elles.

Il doit résulter de ces considérations deux principes et deux sortes de classifications des roches : nous allons en examiner successivement les règles , les avantages et les inconvéniens , et foire coanoilre les applications qui en ont été faites.

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§. 1." Classification par gisement, ou classification géologique des roches.

On y range les roches dans un ordre qui doit représenter celui dans lequel on suppose qu'elles ont été formées , et les rapports qu'elles conservent généralement entre elles dans la structure de la partie du globe terrestre que nous connoissons.

1.° Les personnes qui ont étudié les principes de classifica- tion établis dans ces derniers temps parles naturalistes, ver- ront aisément qu'on ne peut donner le nom de classification à cette distribution des roches; que c'est de la géognosie pure , partie importante de la connoissance de la structure du globe ; que c'est faire une partie de l'histoire naturelle des roches dans un ordre trés-convenable à cette partie; mais que ce n'est nullement les classer, soit pour apprendre à les recon- noître , soit pour faire ressortir leurs rapports les plus impor- tans, les plus intimes et les plus réels.

2.° Dans cette distribution des roches on réunit les roches simples qui ont été déjà déterminées et décrites dans la miné- ralogie avec les roches mélangées qui se présentent pour la première fois, et qu'il faut par conséquent caractériser, dé- crire, et déterminer minéralogiquement. Cette marche intro- duit nécessairement , dans l'exposition d'ailleurs si intéres- sante de la formation des roches, ou des répétitions , si on veut donner de nouveau la description des roches simples, ou des bigarrures, si on la passe sous silence, et toujours des digressions étrangères au sujet, puisqu'il s'agit principalement de la position respective de ces grandes masses de minéraux et non de leur détermination; ces longues digressions sont la suite nécessaire de la description des roches mélangée^.

5.° La même espèce minéralogique de roche , se présen- tant plusieurs fois à différentes époques, doit nécessairement être mentionnée autant de fois qu'elle a eu de formations, et toujours à l'article de sa formation, si du moins on veut être conséquent aux principes établis: or, comme elle offre souvent à ces diverses époques des différences minéralogi- ques assez sensibles, il résultera de cette marche, ou qu'on la décrira complètement dès la première époque, c'est-à-dire en faisant connoître toutes ses variétés minéralogiques, et

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alors on anticipera sur l'histoire des formations postérieures ; ou, si l'on réserve l'exposition de ses variétés pour l'histoire des formations dans lesquelles elles se présentent, la descrip- tion d'une même espèce minéralogique de roche pourra être divisée dans quatre chapitres différens, et aura été faite in- complètement dans l'article elle aura été mentionnée pour la première fois. C'est ce qui arrivera même à presque toutes les roches, comme on peut s'en assurer en consultant les ou- vrages qui ont suivi cette marche. Enfin ces descriptions isolées, ne pouvant jamais être comparatives entre elles, ni coordon- nées à un système de caractères, seront toujours insuflSsantes, quelque longues qu'elles soient.

4.° Je ne parle pas de l'embarras que cette méthode in- troduit dans la nomenclature, en faisant donner à des roches d'une composition très-différente le même nom, uniquement parce qu'elles appartiennent à la même époque de formation, ou des noms différens à la même espèce de roche , suivant qu'elle appartient à une formation ou à une autre; mais ce principe si singulier de nomenclature a plutôt été avancé dans la discussion , ou adopté dans la détermination de quel- ques espèces peu importantes, que suivi généralement. '

5.° Enfin ce mode de classification estsouvent hypothétique, et il est même quelquefois absolument impossible d'en faire l'application, lorsque, n'ayant pas de données suffisantes, soit pour bien caractériser une formation, soit pour déterminer l'époque géognostique d'une roche, on est obligé de la placer par supposition dans un rang qui ne lui convient pas; et ce cas se présente très-fréquemment dans la pratique.

Tous ces inconvéniens disparoissent, si, après avoir déter- miné les roches minéralogiquement et indépendamment de leur position respective , on expose ensuite séparément, et avec tous les détails convenables, l'histoire de leur position et de leurs rapports de formation.

i I>es roches nommées grauwacke sont très -différentes les unes des autres par leur composition et leurs caractères extérieurs, et ce nom indique plutôt une formation qu'une espèce de roche. Le todttie' gende est une roche qui n'est caractériséa que par son gisement; par conséquent, c'est plutôt un terrain qu'une roche, etco

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§. 2. Classification minera logique des roches^ c'est- à-dire à l'aide des caractères extérieurs.

La distribution des roches fondée, soit sur leur structure , soit sur leur composition, soit sur tout autre caractère tiré de la nature même de ces minéraux, nous semble être la seule qui puisse être regardée comme une véritable classification de ces corps; c'étoit aussi la seule qui avoit été suivie avant la distribution par formation établie par l'école de Freiberg. Dans ce mode de classification les roches mélangées sont dé- terminées par des caractères précis, et décrites complètement sans lacune ni renvoi.

Lorsqu'il s'agit de décrire les différentes couches de la terre , il suffit de désigner les roches qui les composent , par les noms qu'on leur a assignés; et cette description n'en devient que plus précise et plus claire.

En vain dira-tTon qu'on court le risque de séparer en plu- sieurs espèces, des roches peu différentes par leurs caractères extérieurs, et qui d'ailleurs se trouvent ordinairement dans le même gisement. Certainement il ne faudroit pas vouloir don- ner un nom particulier, et décrire comme espèces tous les mé- langes de ffiinéraux qui peuvent se rencontrer : il y a un choix à faire et des précautions à prendre, et c'est à ce choix que l'on reconnoît le naturaliste expérimenté, qui sait distinguer les minéraux mélangés qu'on trouve en grandes masses sur la terre , de ces mélanges fortuits qui ne méritent par leur rareté aucune attention de sa part ' ; or il est fort remarquable

1 11 faut bien se garder de faire comme Delaniéthcrie , qui a établi non- seulement autant d'espèces de roches qu'il a pu rencontrer de mélanges, mais presque autant de divisions : ainsi on a des IVocbes zirconiennes , des Roches gluciniqucs, des Roches gadoliniques, et dans ces genres des granitoides zirconiens, venant d'un filon du New-Jersey, composé de quarz et de quelques cristaux de zircon ; des granitoides gadoliniques qu'on n'a pas encore vus, des granitoides sulfureux de soufre et de karsténite , etc.; des porphjToïdes quar^cus, qui ne sont autre chose que du quarz hyalin traversé d'aiguilles de titane, etc. C'est Lien ici l'abus de la classification minéralogique des roches, et j'espère (fu'on ne confondra pas mes principes de classification, et l'application çue j'en ai faite, avec cette classification abstraite de Delamétheriç.

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qu'au milieu des causes, qui auroient pu mêler dans toutes sortes de proportions, et de toutes les manières, les espèces minérales, il se soit formé des mélanges particuliers qui sont toujours à peu près les mêmes, par la nature, la disposition et les proportions de leurs parties, et qui sont étendus en masses immenses sur toutes les régions du globe. Certaine- ment cette constance dans les caractères de ces mélatiges est un phénomène beaucoup plus extraordinaire, beaucoup moins prévu , que n'eût été une irrégularité complète , et une variation perpétuelle dans les parties des roches mé- langées.

Mais, en supposant que dans la classification de ces roches on ait un peu trop multiplié les sortes et les variétés, il n'en résultera pour les descriptions des terrains aucun inconvé- nient ; car on n'est point obligé de les citer toutes ; et, si on le fait, ces descriptions, sans être beaucoup plus lon- gues , deviendront plus précises ; cette précision ne paroît peut-être pas très-nécessaire dans l'état actuel de la science; mais qui sait si dans la suite les géologues ne seront pas très- satisfaits de la trouver dans nos ouvrages?

Il est probable que les anciens minéralogistes croyoient avoir décrit avec des détails suffisans les pays qu'ils avoient visités, et pensoient que plus de détails seroient superflus; cependant .leurs descriptions ne peuvent, pour la plupart, nous être d'aucun usage , précisément parce qu'elles sont trop vagues et trop générales.

Cette détermination n'apportera d'ailleurs auCun change- m-ent, aucun désordre dans la description et la détermination des formations successives: un Calcaire n'en est pas moins un calcaire pour se trouver dans les terrains les plus anciens comme dans les plus modernes; jamais aucun géologue ne s'est avisé de vouloir donner un nom différent au gypse primitif, et au gypse à ossemens ; l'épilhète géognostique qu'on y ajoute les distingue suffisamment. C'est donc d'après leur nature qu'on a toujours divisé, distingué, dénommé les roches sim- ples, et non d'après leur position: pourquoi voudroit-on suivre une autre marche j)our quelques roches composées? car Ja plupart d'entre elles sont aussi distinguées et désignées par leur nature. Lorsque M. de Buch a vu de la syénite , même du

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granité, au-dessus du calcaire coquillier , ne l'a-l-ll pas tou- jours reconnu pour granité malgré cette singulière position? Pourquoi? parce qu'ill'a vu composé d£s mêmes parties que la roche nommée généralement granité; il y a donc pour la spécification du granité des principes tirés de ses caractères minéralogiques. '

Ce principe de détermination des roches est si entraînant, qu'il a été généralement suivi dans le plus grand nombre des cas, sans qu'on s'en soit rendu compte; personne n'a osé s'en écarter complètement; et il est étonnant qu'on en soit réduit à prendre la défense d'une règle que personne n'enfreint, pas même ceux qui ne veulent pas la reconnoître.

Pourquoi les minéralogistes de l'école allemande , après avoir rendu de si grands services la géognosie en créant la clas- sification des roches par gisemens, classification bien plus dif- ficile et bien plus importante que celle que nous réclamons, pourquoi donc semblent-ils s'élever, la plupart, contre une classitication, une détermination , et une nomenclature mi-

1 L'objection, que M. L. de Buch a tirée de la comparaison qu'il fait entre l'étude des terrains dans leur ordre de forniatiou et le nu- mérotage des maisons dune rue , sans égard aux matériaux dont elles sont construites, ne me semble avoir aucun rapport avec mes principes, et, par conséquent, on peut ni les détruire, ni même les infirmer. Mais une objection de M. L. de Buch , sous quelque forme qu'il la présente, mérite qu'on l'examine. M. de Bonnard y a répondu directe- ment avec autant de force que de justesse de raisonnement. Je cher- cherai à faire voir qu'elle n'a pas de valeur contre mes principes et je le ferai en reprenant cette même comparaison, puisque M. de Buch lui a donné quelque considération en s'en servant.

Le numérotage des maisons d'une même rue est celui des divers ter- rains qui composent l'écorce du globe. Chaque terrain, considéré comme formé à Unième époque, doit porter un seul numéro, quels que soient le nombre et la différence des matériaux qui le composent, j'en tombe entièrement d'accord.

Mais, croit -on, qu'on connoîtra les batimens qui composent cette rue, ou les terrains qui composent l'écorce du globe, parce qu'on aura mis un numéro sur chaque maison ou sur chaque groupe, et ne vou- dra-t-on pas indiquer les matériaux dont chacun se compose, et même les indiquer avec une précision qui exige des détails et des délînitions claires. Or, si on ne veut les indiquer qu'à mesure qu'ils se présentent, et

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néralogique des roches?. Pourquoi veulent-ils laisser cette partie si utile de la science dans le désordre et dans le vague ? Pourquoi ne veulent-ils pas permettre qu'on donne des défi- nitions précises et indépendantes de leur position de ce qu'on entendra par granité, porphyre, gz"ès, basalte, psammite, etc. P Pourquoi, enfin, veulent-ils que l'on confonde les grès homogènes avec les grès hétérogènes, parce qu'on trouve dans la même formation , peut-être dans le même banc, ces deux sortes de grès si souvent difl"érens par leur structure et leur composition ? Mais ne trouve-t-on pas aussi dans le même banc du schiste et de la houille, du silex et du calcaire, de l'argile et du gypse? Ont-ils pour cela jamais prétendu ne pas distinguer ces substances? Ils diront qu'on les trouve aussi séparées , et dans des formations tout-à-fait distinctes : j'en dirai autant des roches que j'ai séparées et désignées sous des noms difïérens; si plusieurs d'entre elles se trouvent souvent ensemble , si elles passent même de l'une à l'autre par des nuances insensibles, comme le font au reste toutes les roches

que la craie ou le psanimile n'entrent que dans la construction de la dernière maison, on aura décrit déjà tous les matériaux à mesure qu'ils se sont offerts, et on l'aura fait d'une manière tout-à-fait absolue, sans comparaison entre eux, sans définition précise, avant d'en arriver à ceux-ci. En sorte que, si le schiste compose en partie la uiaison n.° 3 , et qu'une autre variété de schiste compose la maison n.° 7 , il faudra ou recommencer la description en entier, ou supposer la première déjà connue et comparable, quoiqu'on ait décrit dans l'intervalle la serpen- tine de la maison n." 4j le calcaire de la maison n." 5, et encore une autre serpentine du n.° 6, et encore un autre calcaire du n.° 7, etc.

JV'est-il pas mieux de dire : tous les matériaux qui composent les douze maison de cette rue se réduisent à vingt ou trente sortes dif- férentes , dispersées dans ces douze maisons ? Nous allons donc faire connoître les granités, les porphyres, les schistes, les calcaires, les gjpses , etc., et quand nous arriverons à décrire les maisons dans la construction desquelles ils entrent, il nous' suffira de dire que la mai- ton n." 1 est composée de granité gris et de gneiss; la maison n." 3, de granité rouge et de porphyre; la maison ».°4, de scliisie, de marbre et de selmarin , etc.; car il n'est pas présumable qu'on regarde comme indifférent de connoître les matériaux qui composent les maisons, ou, pour finir la métaphore, ceux qui composent les différens terrains dont est formée l'écorce du glohf.

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sans exception , dans d'autres cas elles sont entièrement dif- férentes les unes des autres. '

Il nous semble donc hors de do«te qu'une classification mi- néralogique des roches mélangées doit précéder l'histoire géo- gnostique des roches; il ne s'agit plus que de rechercher sur quel principe, sur quel caractère on la fondera.

Deux ordres de caractères semblent se disputer seuls la prééminence pour la classification minéralogique des roches; la structure et la nature.

Les roches dont il est ici question, étant par leur définition nécessairement composées de minéraux de diverses natures , il paroît difficile de prendre pour principe de classification /a nature de ces mélanges, puisqu'elle semble devoir être abso- lument indéterminée. La structure, c'est-à-dire le mode d'a- grégation de ces parties , paroit un principe plus sûr et d'une valeur égale au premier.

Cela seroit vrai , si toutes les roches étoient formées de par- ties mélangées dans d'égales proportions, et qu'il n'y eût ja- mais aucune d'elles qui dominât par sa quantité ou par ses caractères. Mais cet équilibre dans la proportion des matières mélangées et dans l'influence des caractères, est au contraire assez rare; d'oîi il résulte qu'on peut prendre dans beaucoup de cas le caractère de la roche dans sa partie dominante ou dans sa nature.

D'ailleurs, la nature des substances est un caractère d'une telle importance dans ce que l'on nomme les méthodes naturelles, qu'on ne le néglige jamais que quand il ne peut être saisi , ou , ce qui arrive beaucoup plus fréquemment, quand un défaut d'attention, de sagacité, ou même de connoissances, empêche de l'apercevoir; mais dès qu'il est ostensible, il devient tou- jours dominant. Ainsi on vo>it dans toutes les classifications ,

1 « Sans doute, ces espèces de roches (le gneiss et le granité) sont .( liées par des nuances insensibles, de même qu'il j a des intermédiaire» o entre le blanc et le noir; mais cela n'empêche pas que les extrêmes « doivent porter des noms différens. " (De Saussube, Voy. dans les Alpes, tome 3, §. 1726.) 11 est vrai que la plupart des sortes de roches passent les unes aux autres par des nuances insensibles; mais si les échantillons des extrémités d'une sorte se confondent avec ceux des extrémités des sortes voisines, ceux du milieu se distinguent clairement

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quels que soient les principes sur lesquels elles sont fondées, des roches à base calcaire, des roches à base de quarz, des roches à base de schiste argileux, etc., parce que la nature bien déterminée de ces minéraux rend leur caractère domi- nant trop sensible pour être négligé.

La nature du principe dominant dans les roches nous paroît donc être le caractère de première valeur, celui sur lequel l'espèce et le genre doivent être fondés, toutes les fois du moins que ce principe dominant est saisissabte ou délerminable.

Examinons actuellement la valeur du caractère tiré de la structure.

Nous ne pouvons nous dissimuler qu'il ne soit aussi d'une grande importance dans la classification des roches , qu'il ne doive venir immédiatement après celui qui est tiré de la nature, et même le suppléer lorsque celui-ci manque; mais sa valeur, quoique très-grande, est inférieure à celle de ce der- nier, comme quelques exemples vont le prouver.

Le gneiss ne semble avoir été distingué des granités que par la structure; la détermination des porphyres, des aniyg- daloides , paroit aussi fondée sur la structure ; mais c'est faute d'y avoir fait assez d'attention qu'on a pu être trompé sur la valeur de ce caractère. La preuve qu'il n'a pas servi seul à établir la différence du gneiss d'avec le granité, et que le mica, principe dominant par s"s propriétés, a dirigé cette spécification , et , pour ainsi dire, sans qu'on s'en rendit compte , c'est qu'on en a séparé le micaschiste { glimmer- schiefer), qui a la texture feuilletée du gneiss, mais qui Cii diffère par sa nature , puisqu'il ne renferme que du quarz au lieu de felspath , l'un des principes essentiels du gneiss.

La diorite { grlinstein) , dont le caractère, pour tous les géognostes , est tiré de sa composition de felspath et d'amphi- bole , renferme deux variétés, la granitoïde et la schistoïde , et on a rarement proposé de faire de cette dernière une es- pèce de roche particulière, à cause de sa texture feuilletée.' On pourroit multiplier beaucoup plus les exemples ; mais ceux que je viens de rapporter , et les principes que j'ai développés

1 M. Leonhard les a séparées et placées dans deux sections différentes sou» les noms de Diorite et Dioritschiefer.

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plus haut, semblent suffisans pour en conclure que, dans la classification des roches mélangées, le caractère tiré de la na- ture ou du corps dominant doit être mis en première ligne, et celui que donne la structure doit être placé en seconde ligne, soit pour être employé à former les divisions moins es- sentielles que celles de l'espèce et du genre, soit pour rem- placer le premier lorsqu'il manque.

C'est d'après ce principe que j'ai établi la classification et la spécification des roches que je vais présenter; mais je crois devoir la faire précéder , i.° de l'indication des principales classifications proposées; 2.° d'une explication précise des ex- pressions qui seront employées pour décrire les roches, et pour en désigner les caractères.

Art. 2. Sur quelques classifications des roches.

II en est de la classification des roches comme de celle de presque toutes les branches de l'histoire naturelle; les pre- miers observateurs, ayant connu peu de variétés, ont apporté peu d'attention aux différences qui distinguoient ces corps, ils n'ont classé, ou plutôt réuni, que les roches les plus remarquables par leur abondance ou leur aspect extérieur. Aussi on a décrit de tout temps le granité, le porphyre, etc., non pas comme terrain, mais bien comme mélange cons- tant et caractérisé de minéraux différens.

Il ne peut entrer dans mon plan de parler de toutes les classifications minéralogiques des roches mélangées : il me suffira de rappeler les principales . et de faire ressortir le point de vue commun à presque tous les minéralogistes qui ont cru que les masses à composition constante, qui formoient l'os- sature du globe, méritoient tout aussi bien d'être définies et décrites que les minéraux rares et infiniment petits qui s'y rencontroient.

Aussi Linné a-t-il établi un ordre de petrce aggregatœ , ren- fermant les roches mélangées {saxo), le granité, le gneiss, le porphyre, 1 aniygdaloide , etc., sont caractérisés minéra- logiquement par leur structure.

Wallerius, sous le nom de saxa mixta, a déterminé et décrit avec détail les roches mélangées, en les classant en

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cinq genres, les Granités, les Roches fissiles ou des four- neaux, les Porphyriques , les Roches cornées et les Roches glanduleuses et veineuses, et sous celui de Roches agrégées {saxa oggregata), les Brèches et les Poudingues. Il a subdivisé ces genres en espèces par la nature des composans. On peut donc dire que sa méthode est autant fondée sur la nature des principes que sur la stucture.

De Born, dans le Catalogue d'Éléonore de Raab , a com- pris les roches sous le titre de Terres et pierres mélangées , et , suivant le principe chimique, dominant dans ce catalogue systématique, il les a classées minéralogiquement et d'après leur nature. Les définitions que cet homme, si distingué par sa science et son esprit, donne des diverses roches mélangées, sont- précises et entièrement conformes à celles que nous avons adoptées. Ainsi le granité est caractérisé par un mé- lange de quarz, de felspath, de mica, etc. Le granitin est composé de quarz et de mica seulement. Le porphyre est ca- ractérisé par une pâte siliceuse, renfermant de« cristaux de felspath. La basaltine, la brèche siliceuse même, les grès, etc., sont dans les roches siliceuses. Viennent ensuite les roches argileuses, qui comprennent les amygdaloïdes et If s brèches argileuses, etc.; les roches magnésiennes, les roches bary tiques, calcaires, etc..

M. d'Aubuisson , fidèle aux principes de la géognosie saxonne et de son célèbre fondateur, n'a point donné de classification minéralogique des roches. Il nomme, définit, décrit, et fait l'histoire des roches composées et des roches simples , à mesure qu'elles se présentent dans les couches du globe, en commençant par celles qu'on regarde comme les plus anciennes. Il offre dans tout leur développement les inconvéniens que nous trouvons à cette méthode; car on ne peut mieux caractériser et décrire les roches mélangées qu'il ne le fait : mais tantôt ces caractères sont entièrement mi- néralogiques, comme dans le granité, le gneiss, la diabase ou diorite, l'euphotide, etc., la composition essentielle est déterminée; tantôt ils sont plus géognostiques, c'est-à-dire, plus de position et de circonstances que de composition déter- minée; tels sont ceux desphyllade, porphyre, eurite, amphi- bolite, traumate, qui sont plutôt des terrains que des roches.

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Hauy a donné une distribution minéralogique des roches ; mais il nous a semblé qu'il Tavoit beaucoup trop soumise à la minéralogie , en désignant des roches mélangées par le nom du principe dominant et les rapportant ainsi à cette espèce. Il a fait beaucoup de noms et a peu respecté, sui- vant son usage, les noms faits avant lui. Cependant nous lui en emprunterons plusieurs, non - seulement pour ne pas tomber dans une faute pour laquelle nous n'aurions pas la même excuse que cet homme célèbre , mais parce qu'en général ils sont agréables. On doit oublier leur étymologie, qui est prise de rapports si éloignés qu'il faut beaucoup de flexibilité dans l'esprit et l'aide de l'explication de l'au- teur pour l'admettre.

M. CoRoiER n'a encore publié que la distribution métho- dique des substances volcaniques en masse; mais on a donné dans la Bibliothèque italienne le tableau de sa classification des roches. Les caractères des mélanges qu'il a cru devoir distinguer et désigner par des noms spéciaux, sont pris de la nature des parties composantes. Il a employé, pour dé- terminer l'espèce de ces particules minérales, des procédés mécaniques nouveaux, fort ingénieux, et qui ont contribué mieux que n'auroit pu le faire l'analyse, à nous apprendre quels sont les espèces minérales qui composent les basaltes, les ponces et pumites , etc. Sa classification est en partie géognostique, puisqu'il ne s'occupe que des roches volca- niques, et en plus grande partie minéralogique, puisqu'elle est fondée sur la nature des parties plutôt que sur la struc- ture des masses.

Dans la classification générale des roches, telle qu'il l'a donnée dans son Cours de 18.22 , et qu'elle a été publiée dans le 28.* volume de la Bibliothèque italienne, page 076, M. Cordier réunit dans le même tableau les roches homo- gènes et les roches hétérogènes.

Les principes de cette classification générale sont les mêmes que ceux de la distribution des roches volcaniques. Ils sont pris de la nature delà roche ou de son composant principal. Ainsi on voit d'abord les roches à base de quarz, renfermant le quarz grenu, le quarz compacte, le silex, le jaspe, etc.; les roches à base defels^ath, renfermant le felspath grenu, le

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laminaire , la pegmalite , le kaolin , le gneiss , le granité , la syénite , le pétrosilex , le porphyre, le pyroméride, l'ar- gilophyre, le phonolite , le trachyte, l'obsidienne et le stig- mite, etc.; les roches pjroxéniques , le pyroxéne en masse, la dolérite, l'ophite, le basalle , la vake, etc.; les roches amphibolicfues , l'amphibolite , la diorite; les roches à bases de grenats, le grenat massif; celles à base de diallage, l'éclo- gite , la sélagite, l'euphotide, lavariolite de la Durance, l'o- phiolite ; les roches talqueuses , le stéachiste , etc. ; les roches à base de mica, l'hyalomicte, le micachiste ; les roches à base de schiste, le schiste luisant, le phyliade ; les roches cal- caires, etc.

Ces premiers genres et espèces suffisent pour faire con- noître les principes de sa classification. Nous nous félicitons de voir qu'ils diffèrent peu de ceux que nous avons proposés en i8i3. Cette classification est fondée, comme la nôtre, sur le principe dominant ; seulement M. Cordier a , comme on vient de le dire , réuni les roches homogènes qui sont des es- pèces minérales en masse, avec les roches hétérogènes qui sont le résultat de l'association, suivant des règles assez cons- tantes, de plusieurs espèces minérales, et, par conséquent, des corps déjà connus, avec des agrégations à décrire. Enfin il a quelquefois considéré comme base ce que je n'ai re- gardé que comme accessoire ; ainsi l'hyalomicte est placée au mica, tandis que je l'ai placée au quarz , et, en effet, il est souvent diflicile de décider lequel des deux corps im* prime à cette roche son caractère particulier.

Ce n'est pas que la réunion dans le même tableau des roches homogènes et des roches hétérogènes ne puisse être appuyée de plusieurs raisons très -spécieuses, et il faut bien que cesoitainsi, puisque plusieurs géologueshabiles ont adopté cette réunion. Il est vrai, par exemple, que le cipolin etl'ophio-» lite paroissent plus naturellement placés, l'un à côté du cal- caire saccaroïde et l'autre à côté de la serpentine , que dans les roches composées; mais si cela est vrai pour ces roches, il est difficile de trouver la même convenance de position entre le felspath et le granité, entre le pyroxéne et la vakite, etc*

M. i)E Leonhard , dans l'ouvrage très-savant, très-complet et si utile, qu'il a publié en aSaS sur les roches, sous le ^G, a

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titre de Charàkterislik der Felsarten, a suivi une mëthodt* minéralogique dans la classification des roches, puisqu'il les divise en Roches hétérogènes {Ungleichartige Gesteine) , à tex- ture grenue, à texture schisteuse, à texture porphyrique ; Roches homogènes {Gleichartige Gesteine), à texture grenue , schisteuse , compacte , vitreuse, et Roches agrégées ou compo- sées de fragmens {Triimmer- Gesteine). On y voit des roches caractérisées par leurs parties composantes, tels que le gra- nité, la syénite, le gneiss; des roches homogènes, qui ne sont que des espèces minérales sous un plus gros volume tels que le calcaire grenu, la dolomie, le