MEMOIRES

POUR SERVIR

A L'HISTOIRE

DES

INSECTES.

A

Par A4. DE Reau MUR, de V Académie Royale des Sciences , de la Société Royale de Londres , if des Académies de Pet ers bourg if de V Injlitut de Bologne , Commandeur if Intendant de l'Ordre royal if militaire de Saint Louis.

TOME CINQUIEME.

Suite de l’Hijîoire des Mouches à deux ades, if V Hifloire de plufieurs Mouches à quatre ailes , fçavoir, des Mouches à fcies , des Cigales, if des Abeilles.

A PARIS,

DE L’ IMPRIMERIE ROYALE.

M. D C C X L.

TABLE

DES MEMOIRES

CONTENUS DANS CE VOLUME.

P F A c E ,ou l’on donne une idée générale des Mémoires

contenus dans ce Volume.

Premier Mémoi r e.

H

IJloire des Tipules.

page i

Second Mémoire. Hifoire des Mouches de S.‘ Marc; ér quelques Suppléments au neuvième & au douzième Mémoire du quatrième Volume. 5 5

TroisiémeMé moire, Et le premier fur les Mouches à quatre ailes. Des faujfes Chenilles, & des Mouches à fies, dans lefquelles elles fe transforment. 87

Quatrième Mémoire. Sur les Cigales , & fur quelques Mouches de genres approchants du leur. Cinqu 1 éme Mémoire, Et le premier de l’ Hifoire des Abeilles , ou l’on traite de la forme des Ruches les plus propres à faire des obfervations fur les Abeilles ; oîi l on examine ce qu’on doit perfer de la confitution de leur gouvernement ; t on explique les moyens dont on s ef

fervi pour voir les faits qu’on rapporte.

207

Sixième Mémoire. Des parties extérieures des Abeilles ordinaires. Comment elles vont faire dans les

campagnes la récolte de la cire éx celle du miel, 281

S e P T 1 É m e Mémoire. Des A iguillons des A beilles, de

a i)

leurs combats , & des différences remarquables entre les parties extérieures des Abeilles ordinaires, & les parties extérieures des mâles & des tneres. 339

H u 1 T 1 É m £ M ÉAioiRE. Des Gâteaux de cire ; comment les Abeilles parviennent à les conjlruire; comment elles changent en véritable cire les pouffiéres d’étamines. De la récolte & de l’emploi de la Propolis. Comment elles remplijjent les alvéoles de miel , & comment elles l’y

confervent. 379

Neuvième Mémoire. De la Fécondation ,& de la Ponte de la mere abeille. 4.6 1

Dixi éme Mémoire. Des moyens de faire paffèr les Abeilles d’une ruche dans une autre; & comment on peut examiner une à une toutes celles d’une ruche. 3 2 1 Onzi éme Mémoire. De ce qui fe paffe dans chaque alvéole d’une ruche depuis qu’un œuf y a été dèpofé , jufques a ce que le Ver fini de cet œuf parvienne à être une Abeille. 569

Douzième Mémoire. Des Effaims. 607

Treizi éme Mémoire. Des foins qu’on doit prendre des Abeilles pour les cor ferrer , les faire multiplier , fr pour profiter de leurs travaux. 659

ERRA TA.

Tome IV. Préface.

P Age xv. lignes 2 dX ; , toute chenille doit avoir été papillon, lifés, tout papillon doit avoir été chenille.

Tome V.

P Age 7 o , lignes / j dX 23, pharinx , lifés , larinx. Page 1 6 1 , ligne j 2, refie de circonférence , lifés , reite de la circonlérçncc.

P RE F A CE,

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J. A. A A- A.

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P RE F A C E,

l’on donne une idée générale des Mémoires contenus dans ce Volume.

DES obfèrvations furies mouches à Jeux ailes, qui n’ont entrer clans le quatrième Volume , font rapportées dans les deux premiers Mémoires de celui-ci. L’hifioire des Coufins par laquelle le Volume précédent finit , nous a fait connoître d’avance les mouches appel- Jées tipules; elle nous a appris que nous if avons rien à en craindre, quoique leur extérieur foit très-feinblabîe à celui des confins, elles n’ont point de trompe, ni aucun autre infiniment capable d’agir fur nous. Le premier Mé¬ moire de ce Volume efi deftiné à nous infiruire plus à fond de ce qui les regarde ; il en fait connoître d’un très- grand nombre cl’d'péces différentes qui ont toutes de commun d’avoir un corps long, & detre montées fur de longues jambes. Quelques-unes qu’on trouve fur- tout dans les prairies pendant l’Automne, furpaffent beau¬ coup les coufins en grandeur; elles font fi haut montées, quelles femblent l’être fur des échaiïes. Leurs longues jambes leur fervent aufli à paffer fur les herbes , comme les échafies fervent aux habitants des pays inondés <$c marécageux, pour marcher dans l’eau & dans la boue. Toutes les Tipules des efpéces que je connois, ont été des vers fans -jambes, &. à tête écailleufe, mais qui ont des particularités propres fouvent à faire difiinguer les uns des autres , ceux qui doivent fc transformer en tipules qui différent fpécifiquement. Ces vers font de nature Tome V . a

jj PREFACE.

differente , & naiffent avec des goûts fort différents. ÎI y en a qui vivent fous terre, 6t de terre. Une terre ordi¬ naire, telle que celle de nos champs, de nos prairies, de nos jardins, convient pour loger les uns & les nourrir; d’autres fe tiennent dans une forte de terreau qui fe trouve au fond de ces trous formés par la pourriture dans des troncs d’arbres; d’autres vivent fur des plantes ou dans des plantes ; d’autres enfin , prennent leur ac- croiffement fous l’eau. Quelque part oui ils l’ayentpris, dès qu’ils n’ont plus à croître, ils fe métamorphofent en nymphes ou en crifalides, & deviennent enfuite des mouches. Les vers de la plus grande des efpéces de ti- pules de ce pays , font de ceux qui vivent fous terre, qui s’y changent en nymphes dépourvûes de jambes propres à marcher; mais qui, avec les picquants dont leurs an¬ neaux font hériffés, fçavcnt fe pouffer en haut, percer la terre 6c s’élever un peu au-deffus de fa furface. C’eft alors que la mouche tire fes parties de leurs fourreaux, & qu’elle prend bientôt l’effor. Par la fuite , on voit avec plaifir les femelles femèr leurs œufs en terre ; elles ont î’adreffe de marcher en tenant leur corps droit : il fe ter¬ mine par une pointe écailieufe, qui eft pour la tipule,ce qu’efl un plantoir pour un jardinier. Elle pique cette pointe fucceffivcment en différents endroits. Chaque trou reçoit un ou plufieurs œufs. Parmi les vers tipulcs qui vivent fur les plantes, il y en a des efpéces qui ne connoilfent d’autre nourriture que celle que la fubf lance des cham¬ pignons leur fournit. Il eft ordinaire à beaucoup de cham¬ pignons de differentes efpéces, qui ont un peu vieilli fur pied, de fourmiller de vers, cpii, pour la plupart, devien¬ nent des tipulcs. J’en ai obfcrvé qui s’arrêtent fur l'exté¬ rieur d un agaric du chêne : ils font remarquables en ce que leur tête a foin de rendre unis & liffes au poffible les

PREFACE. if/

endroits fur lefquels le corps doit paffer; elle les enduit d’une matière vifqueufe qui fe lèche dansl’inflant, & qui a tout le luifant de ces traces que les limaçons & les li¬ maces biffent fur les murs. Toutes les fois qu’il fe veut repofer, il fe fait un lit d’une pareille matière. Enfin, de cette même liqueur gluante, il fe confinait une coque qui femble être de moulfe telle que celle du favon.

Un ver que je ne connoiffois pas encore lorfque ce premier Mémoire a été imprimé , eft de ceux qui aiment les truffes qui fe pourrifTent; je l’ai trouvé dans quelques- unes que M. le Marquis de Gouvernet m’avoit envoyées, parce qu’il les fçavoit dans le mauvais état oi'i j’aimois à en avoir. Ce ver, dis -je, fe fert comme le précédent, d’une liqueur vifqueufe pour fe préparer un chemin ; mais il pouffe l’induftrie & la délicatclfe plus loin. Il marche toûjours dans un tuyau de cette matière ; à mefure qu’il avance , qu’il veut aller plus loin , il pro¬ longe ce tuyau ; de le prolonger, ell pour lui l’ouvrage d’un inftant. On ne croirait pas que ce tuyau fait d’une matière qui a fi peu de confiflance, &. aufîi mince qu’on puiffe f imaginer , car on ne diftingue pas mieux les par¬ ties de l'infecte lorfqu’il eft à découvert, quelorfqu’il eft dans le tuyau; on ne croirait pas, dis- je, que ce tuyau eut tant de folidité. La portion cpie le corps vient de quitter en allant en avant, s’affaifîè & devient une lame plate; quand le ver va à reculons, cette lame reprend la forme cylindrique. Enfin , ce tuyau cylindrique fe lailfe élargir autant qu’il elt néceffaire, quand le ver veut fe re¬ tourner dedans. Je n’ai pas eu la mouche dans laquelle le transforme ce ver ; mais l’analogie veut que nous la croyions une tipule.

Je n’aurois pas manqué auffi de donner place dans le Mémoire dont il s’agit actuellement, à une autre tipule,

a i;

iv PREFACE.

fl je l’eulfe connue aiïes tôt ; ce n’eft pas quelle ait rien Je remarquable dans fa figure, elle cil même a fies petite. Mais il cil curieux riefçavoir que le ver d’où elle vient, fc nourrit clans les fleurs du bouillon blanc ; qu’il fait de¬ venir ces fleurs monllrueufes; qu’il produit dans leur ftruc- ture un changement pareil à celui que produit dans les fleurs du Camedris, une efpéce de punaife dont il a été parlé dans le dernier Mémoire du Tome III. Enfin, ce ver tipule empêche la fleur du bouillon blanc de s’ouvrir; elle lui fait une boîte dans laquelle il refte renfermé, lorsqu’il a pris la forme de crilalide, & jufqucs à ce qu’il en forte fous celle de mouche. C’eft à M. Bernard de Julfieu que j’ai les fleurs monltrueufes du bouillon blanc, qui m’ont mis en état de faire des obfervations fur ces lipides, comme je lui ai du les fleurs monltrueufes du Camedris.

Mais il n’efl nulle part aulfi aifé de voir des vers tipulcs, que dans les eaux qui croupilfent. Les bacquets qui ont été tenus pleins d’eau pendant quelques femaines, ont leurs parois & leur fond remplis de flocons terreux qui font les habitations que le font faites des vers rouges cpii doivent devenir des tipulcs. Le même bacquct qui avoit des mil¬ liers de ces vers, e(t plein par la fuite des nymphes dans lesquelles ils le font transformés, dont le corcelet elt orné de chaque côté de belles & finguliéres pennaches ; ces nym¬ phes fe métamorphofent à la furface de l’eau, comme les nymphes des confins: elles deviennent des tipulcs, dont la tête a des plumets qui le dilputent en beauté ii ceux des nymphes. Dans les eaux croupies, on trouve des vers blancs qui fe tiennent dans des efpéces de glai¬ res, & qui deviennent aulfi des tipules. D’autres tipulcs doivent leur origine à des vers d’une tranlparence qui ne le cède guercs à celle de l’eau dans laquelle ils fc tiennent.

ERE' FACE. v

ÎIs font encore finguliers par un grand crochet formé de deux crochets fembiables appliqués l’un contre l’autre, qu’ils portent en devant de la tête. Enfin, tant de petites mouches fans trompe, que nous prenons fbuvent pour des coufins , & qu’on voit voler par nuées en l’air, qui y ont des mouvements de vibration de haut en bas, l'ont ordinairement des tipules , dont celles de différentes efpéces doivent leur origine à différentes efpéces de Vers.

Ce qu’il nous rcfloit d’obfervations à rapporter fur les mouches à deux ailes, fe trouve dans le fécond Mémoire; nous y faifons d’abord connoître l’origine de celles qui ont été appellées mouches de Saint Marc, & qui paroiflent vers le temps de la fete de ce Saint. Les vers qui donnent la plus connue & la plus commune des efpéces de ces mouches, prennent leur accroiffément fous terre; s’ils avoient des jambes, ils reffémbleroient à des chenilles velues ; c’eff lous terre qu’ils fe métamorphofent en nymphes. Les mouches qui fortent de ces nymphes, n’ont rien de fort particulier à nous offrir. Le mâle qui , félon la réglé ordinaire, cil plus petit que la fémelle, a cependant une tête beaucoup plus grolfe que la tête de celle-ci. Ce n’elt que pour ne pas lailfer ignorer d'où viennent certaines mouches extrêmement petites & très- communes, que nous parlons dans ce même Mémoire, des vers qui fe nourriffênt demie!, de compotes qui com¬ mencent à fe gâter , de lie de vin , de marc de raifin , & de toute matière lucrée qui s’eff aigrie. Nous y parlons auffi de quelques eljiéces de mouches qui viennent de vers qui aiment les truffes. Mais nous y traitons plus volontiers de vers dont nous eulfions faire mention dans le qua¬ trième Volume, auxquels la nature a affigné un lieu bien fingulier pour prendre leur accroiffcment. Dans le fond

a iij

yj PREFACE.

de la bouche du cerf, à chaque côté du larinx, il y a deux boudes charnues qui femblent n’avoir été faites que pour élever les vers dont nous voulons parler, ou fans îefquelles au moins ils ne pourroient croître. Les cerfs n’ont pas de ces vers en toute faifon : le temps qui pré¬ cédé, 6c celui qui fuit de près la chute du bois, font ceux il leur eft plus ordinaire d’en avoir. C’eft appa¬ remment ce qui a fait imaginer aux Chafteurs, que ces vers étoient les agents que la nature employoit pour faire tomber ce grand bois h folidement alfujetti. Ils ont cru, 6c ils croyent encore, qu’ils quittent de concert le lieu de leur naiffancé, pour fe rendre à la meule ou balèdes perches ou du merrein, 6c pour la ronger. Nous avons Tm. IV. dit ailleurs* que d’autres vers, ceux qui font élever des tumeurs fur le corps de ce grand animal , ont encore été chargés de cet ouvrage, 6c nous avons fait voir alors qu’ils y font peu propres, 6c qu’auffi n’y longent-ils pas. Nous tâchons de détromper dans ce fécond Mémoire, ceux qui croiroicnt les* vers de la gorge du cerf plus ca¬ pables que ceux des tumeurs, de venir à bout d’un pareil travail, parce qu’ils font munis d’efpéces de dents en cro¬ chets, qui manquent aux autres. Nous fai fons voir que ces crochets qui ne font pas plus durs que la corne du cerf, ne peuvent agir qu’en piochant; que, fuffent-ils plus durs, il leur faudrait un temps plus long peut-être que celui de la vie du cerf, pour creufer jufques au centre une maffe h groffe 6c fi dure. Mais cette fauffe 6c prétendue merveille eft remplacée par beaucoup d’autres très-réelles 6c très-véritables. Ces vers doivent leur origine à une mouche qui fçait, ou fcmble fçavoir, que pour perpétuer fon efpéce, elle doit entrer dans les narines du cerf , che¬ miner tout le long de fon nés, rendre auprès de fon gober; que trouvent deux cavités charnues, deftinées

PREFACE. vij

à loger & à nourrir les vers auxquels elle fe prépare à donner nai fiance; que ces vers parvenus à une grofieur afies confidérable , fçauront qu’ils doivent abandonner leur cavité charnue; que pour iortir du gober du cerf, ils fçauront trouver la même route que leur mere a fçu fuivre pour y arriver.

Malgré les deux Mémoires précédents, & ceux qui remplifient la plus grande partie du quatrième Volume, je laiffe encore l’hifioire des mouches à deux ailes, grof- fièrement ébauchée. Je luis perfuadé que j’ai obmisbien des généralités que j’aurois y faire entrer, Si une in¬ finité de détails curieux. Je commence pourtant dans le troibéme Mémoire de ce Volume-ci, à traiter des mou¬ ches à quatre ailes. J’y en fais connoître un genre qui efi très-bien caraélérifé par l’infirument fingulier qu’on trouve aux fémelles, étaux feules fémelles de toutes fes eljréces. J'appelle ces mouches des mouches à feies. Elles en ont deux dentelées comme les nôtres, Sc qui ont des perfeéïions que nous n’avons pas imaginé de donner à celles dont nous nous fervons; aufii nos ouvriers ne doi¬ vent-ils aucunement être comparés avec le maître qui a inventé & exécuté ces feies, qui ne font pas feulement admirables par leur extrême petitelfe. Les mouches qui en font pourvues, viennent de ces vers que nous avons nommés faulfes chenilles, parce que leur forme efi telle quelle les a fait prendre pour de véritables chenilles par defçavants Naturaliftes. Ils ont des jambes, & en ont au moins deux de plus que les chenilles qui en font les mieux fournies, que celles qui en ont feize. Le nombre des el- péces de ces faulfes chenilles efi très- grand, la plupart font rafes; quelques-unes pourtant ont le corps tout hé- rifie d’épines d’une figure finguiiére, faites en T ou en Y. Les différentes efpéces nous en olfrent de toutes couleurs.

* Toitu

viij PREFACE.

Si de couleurs différemment combinées, l'oit par rayes, l'oit par taches. Ce qui clt plus fingulier, c’eft que quel¬ ques-unes font vêtues tout à-fait différemment dans dif¬ férents temps de leur vie. De muer eff pour elles chan¬ ger d’habits; il y en a que la dernière mue rend mécon- noiffables. La fauffe chenille qui jufques-là avoit été rayée ou tachetée de jaune Si de noir, ou de quelque autre couleur, après avoir quitté fa vieille peau, elt entièrement blancheâtre. Ce qui eft encore plus remarquable, Si plus propre a faire méconnoître quelques fauffes chenilles , c’eft que celles qui jufque-là avoient eu le corps couvert d’épines, ou de tubercules chargés de poils, prennent une dernière peau qui eft absolument raie. Entre ces fauffes chenilles, il y en a plufieurs qui fe font remarquer par leurs attitudes hifarres, qui ont le corps contourné en S, Si qui tiennent fouvent leur derrière en l’air & plus élevé que leur tête ; d’autres roulent en pain de bougie ; d’autres fe roulent fimplemcnt en cercle. Une de celles-ci fe tient fur le chevre -feuille, Si a une autre particularité; quand on la prend le matin, elle fait limiter de petites gouttelettes d eau de tous les endroits de Ion corps.

Chaque fauffe chenille le confirait une coque dans laquelle elle fe transforme en nymphe. Les unes les font en terre Si de terre, & les autres y filent des coques purement de foye. Toutes les variétés & les adrelfes qui peuvent être employées dans les conftructions des co¬ ques de foye, fembleroicnt avoir été épuifées par les che¬ nilles; néantmoins malgré tout ce quelles nous ont fait i. voir dans ce genre *, nous trouvons du nouveau Sc digne d’être admiré, dans les coques de quelques fauffes che¬ nilles; elles s en font deux dont l’une eff renfermée dans l’autre. L intérieure ou I inlcéle eff losré cfl d’un tilfu

O

ferré, mais mince & flexible. L’extérieure, celle qui fert

d’enveloppe

PREFACE. ix

d’enveloppe à la précédente , efl à rezeau ; elle efl cepen¬ dant beaucoup plus folide & très -capable de réfi fiance. Audi efl -elle formée uniquement d’efpéces de groffes fibres, qui , par rapport aux fils de la coque intérieure, font ce que les cordes d’une raquette font par rapport aux fils d’une toile ordinaire.

Toutes ces fuiffes chenilles fe transforment en des mouches à deux ailes , qui , pour ainfi dire , ont un air de famille, & dont toutes les femelles portent à leur der¬ rière deux fcies quelles ne montrent que quand elles veulent les faire agir. Il ifieft aucun des inflruments que la nature a accordés aux infectes, qui doive nous paraître fait avec plus d’art. Ces fcies font appliquées finie con¬ tre l’autre, & peuvent jouer alternativement. Leurs dents font elles-mêmes dentelées. Enfin, ces inflruments, qui font des fcies par leur tranchant , font des limes ou des râpes par le plat. La fiice extérieure de chacune efl ar¬ mée de plufieurs rangs de longues dents. Ces excellents inflruments ont été donnés à certaines mouches pour les mettre en état de faire aifément des entailles dans le bois de divers arbufles, comme celui du roficr, dans lefquelles il étoit effentiel à leurs œufs d’être dépofés. II n’eft point de mouches moins farouches que celles-ci ; il femble que celui qui les a faites, ait voulu que nous puffions les obferver à notre aife, c’eft-à-dire , les admi¬ rer pendant qu’elles font occupées à feier & à pondre. Leurs œufs font oblongs , comme ceux de mille autres infectes, & de même, n’ont pour enveloppe qu’une forte membrane ; mais ils différent des œufs plus connus par une propriété bien finguliére, ils ont celle de pouvoir croî¬ tre; de jour en jour, ils acquièrent des dimenfionsen tout l'ens, jufques à ce que le petit ver foit prêt d’en fortir.

Le quatrième Mémoire nous montre combien on Tome V . b

X PREFACE.

fcroit faire de progrès à l’Hiftoire naturelle, fi on pouvoit établir de bonsCorrefpondants dans les différentes parties du Monde. Les environs de Paris ne nourrirent point de cigales , & je n’en ai trouvé dans aucun des pays j’ai pu obfcrver à loifir les infeétes. Il ne m’étoit pas per¬ mis cependant d’ignorer Lus regret , l’hiftoire d’un genre de mouches dont les plus anciens Naturalises ont fait mention , & qui font fi renommées pour leur chant. Une place leur étoit due dans nos Mémoires. Les regrets que je devois avoir de ne me pas trouver dans un pays agréa¬ ble aux cigales, m’ont été ôtés par les foins officieux & éclairés de M. le Marquis de Gaumont. Je ne crois pas que j’euffie été en état de donner plus d’obfèrvations & plus certaines fur ces grandes mouches, que j’en donne dans le quatrième Mémoire, quand j’aurois été expofé pendant plufieurs mois de differentes années, à être fatigué de les entendre chanter. Les Auteurs qui en ont parlé, n’en ont fait connoître que deux efpéccs, & nous en Liions connoître trois. Entre les mouches à corps court de ce pays, il n’y en a aucune qui approche de la grandeur des cigales de la grande efpcce. Du bout antérieur de leur tête, qui eff prefque coupé quarrément , & qui a autant de groffeur que ce qui précédé, part une partie triangu¬ laire qui fe replie en deffous. C’efl de l’extrémité de cette partie que fort une trompe contenue dans un fourreau , & appliquée contre le deffous du corcelet. Cette trompe apprend que la cigale n’efl pas faite pour vivre uniquement de rofée. Les dentelures qu’on peut découvrir à deux des longues pièces dont elle eft com- pofee, prouvent qu’elle eff capable de pénétrer dans des corps durs. Leur chant dont on a tant parlé, fuppofe un grand nombre d’organes qui n’ont pas été affés connus , ou au moins , qui n’ont pas été décrits ; ils

PREFACE.

n’ont etc accordés qu’aux feuls mâles ; auiïi les femel¬ les font-elles parfaitement muettes. Ces organes font placés près de l’origine du ventre, en delfous 6c fur les côtés. Le fècours des figures 6c peut-être de defcrip- tions auffi longues que celles dans iefqueües nous nous fommes engagés dans le Mémoire dont il s’agit , font néceffaires pour voir combien d’appareil a été employé par la nature pour mettre la cigale mâle en état de for¬ mer des fons qui peuvent nous déplaire , mais qui font apparemment touchants pour fa femelle. Deux efpéces de timbales faites d’une membrane plus roide que le par¬ chemin leplusfec, 6c dont toute la convexité cfi remplie de plis qui fe touchent; ces deux timbales, dis- je, font deftinées à rendre les fons; il y en a une placée de cha¬ que côté dans l’intérieur du ventre. Quand l’air quelles ont agité, fort de la cellule de chaque timbale, il trouve une voûte platte, un volet écailleux qui le réfléchit dans une grande cavité il eft modifié 6c rendu plus lonore. Cette cavité efl diviféc en deux par une efpéce de cloifon. Au fond de chacune des parties formées par cette divifion, efl une membrane mince, fi liffe, fi tendue, fi tranfparente 6c fi brillante, qu’elle paroit un miroir, 6c que le nom lui en a été donné même par les enfants. Ne fommes-nous point un peu humiliés, quand après nous être crus en tous points l’ouvrage par excellence du Créateur , nous voyons que les parties qui ont été employées pour met¬ tre le mâle d’une cigale en état de fe faire entendre par la fémelle, le difputent par leur nombre, par la Angula¬ rité de leur matière 6c de leur flruchire , 6c par l’art avec lequel elles font difpofées aux organes de notre voix!

La fémelle a à nous faire voir des merveilles d un autre genre; elle peut pondre quatre à cinq cens œufs; die fçait les foins qu’ils demandent d’elle, pour que les

b ij

*if PREFACE-

embryons qui y font contenus puilfent éclorre, 6c pni fient parvenir à être un jour des cigales. Ces œufs doivent à peine paraître au jour pendant un inftant. Dès qu’ils font ibrtis de ion corps, ils doivent être logés dans l’intérieur de très-menues branches de bois fcc 6c rempli de moelle: ils doivent être difpofés par files, à l’abri de la pluye 6c des injures de l’air. La circonftance d’un bois plein de moelle étoit eifenticlle ; la moelle elt peut-être la pre¬ mière nourriture de l’infcéte qui fort de chaque œuf. Les mouches dont nous avons parlé dans le Mémoire précédent, font des entailles au bois verd auquel elles confient leurs œufs; ils y peuvent 6c y doivent être expo- les aux impreifions de l’air extérieur; pour faire ces en¬ tailles, il leur falloit des feies, 6c la nature en a donné deux à chacune de ces mouches. Mais il ne fuffifoit pas à la mere cigale de fendre le bois, elle devoit le percer, y creufer des trous. Aulfi a- 1- elle été pourvue d’une tarière qui en peut creufer d’affés longs , car elle a plus de cinq lignes de longueur. Elle la porte à fon derrière cachée dans une coulifiè elle cil confervée par un double étuy. Cette tarière n’cft pourtant pas lèmblable à celles dont nous nous fervons,clIe efl un infiniment double , elle efl compoiée de deux pièces qui peuvent jouer alternativement, mais fans s’écarter l’une de l’autre; elles le meuvent toujours parallèlement l’une à l’autre; Sc cela, parce quelles l'ont affemblées avec la plus grande précilion , à couliffe 6c à languette dans un fupport com¬ mun. Ces deux pièces lont deux limes dont chacune a près de pointe, 6c feulement fur le côté extérieur, des dentelures. Avec ces limes ou cette tarière, la cigale creufe un trou qui a toute la longueur de l’inflrumcnt, 6c qui le dirige parallèlement à l’axe du brin de bois, dès qu’il a atteint la moelle : elle y dépofe 6c arrange fept à

PRE FACE. xii/

huit oeufs à la file, plus ou moins. Près de ce trou, elle en perce enliiite un fécond, pour y placer à peu près le même nombre d’œufs; 6c ainfi, elle remplit un brin de bois , 6c fuccelfivcment plufieurs brins, des trous néceL Paires pour loger fes œufs. Si en fendant en deux un de ces brins de bois on met à découvert plufieurs files d’œufs, l’ordre avec lequel ils parodient arranges ne fçauroit manquer de plaire. L’inleéte forti de chaque œuf après avoir pris de i’accroilfement , mais avant que d’avoir grofii à un point l’entrée du trou fe trouve- roit trop petite pour le lailfer palfer, quitte le lieu de la naiiïànce. Il efi muni de jambes dont les deux premières font de bons inftruments pour fouiller la terre; il s’y en¬ fonce , il fe rend fur les racines de quelque arbre. Il a une trompe avec laquelle il tire de ces racines le fuc qui le nourrit 6c le fait croître. Il relie ainfi caché fous terre jul- ques à ce qu’il l'oit en état d’en fortir pour fubir la méta- morphofe qui le fiait paraître ailé, qui le rend cigale.

Le cinquième Mémoire 6c tous ceux qui le lùivent, ne nous entretiennent que des abeilles. Leur hilloire mé-

ritoit d’être traitée avec plus d’étendue que celle du commun des infeéles. On s’attend, 6c peut-être s’attend- on trop à la trouver remplie de laits furprenants, car il y aura à rabattre des merveilles qu’on en a publiées. Il ne faut pourtant que jetter les yeux fur l’intérieur d’une ruche , pour être forcé d’en regarder les mouches com¬ me des ouvrières incomparables. La cire de ces gâteaux, qui ne font qu’un alfemblage de cellules d’une figure fi régulière, 6c le miel qui remplit ces mêmes cellules, prouvent quelles fçavent des arts qui nous font inconnus. Aulfi , fi on s’en rapporte à un très grand nombre d’Au- teurs, qui, à l’envi , leur ont prodigué des éloges, elles égalent ou furpalfent peut-être les hommes en intelligence

b iij

xîv PREFACE.

&cn connoifiances; elles ont même des mœurs qui nous doivent faire rougir des nôtres; car il n’y a gueres de vertus morales qui ne leur ayent été accordées. On croit bien que ces éloges auront befoin d’être réduits à leur jufte valeur. Les faits, même vrais, qui nous ont été tranf- mis, ne l’étoient pas pour nous, ils demandoient à être examinés de nouveau; il filloit avoir des preuves de leur réalité qu’on ne nous a pas données. Cet examen con- duit à découvrir des merveilles certaines & ignorées , qui remplacent ce qu’on en avoir dit de fabuleux. Le gou¬ vernement des abeilles a été propofé comme le parfait modèle d’un gouvernement monarchique. Nous cher¬ chons dans le cinquième Mémoire, & le premier de leur hiftoire, en quoi il confille, quels en font les principes. Nous nous y trouvons obligés de reconnoîtrc que les abeilles fe conduifent par rapport au bien de leur fociété, comme h l’unique motif de leurs aétions étoit celui qui fait agir les plus grands hommes & les plus vertueux ; elles ne femblcnt travailler que pour leur poftérité ; leurs avan¬ tages particuliers ne paroilfcnt entrer pour rien dans tout ce qu’elles font. Après avoir décrit les formes des ruches les plus favorables pour obferver ce qui fe palfe dans leur intérieur, nous nous contentons de dire ce que nous remettons prouver dans d’autres Mémoires , que dans chaque ruche, il y a en certains temps de l’année, trois fortes de mouches, & dans les autres temps , feulement deux fortes; des abeilles fans fexe , ou, qui ne contri¬ buent en rien à la génération , des abeilles mâles, & enfin des abeilles femelles. Les premières font celles que tout le monde connoît; leur nombre ell fans comparaifon plus grand que celui des autres ; elles font uniquement nées pour le travail ; tout celui de la ruche roule fur elles, aufii les nommons-nous les ouvrières. Ce n’ell ordinai-

PRE' F ACE. ^ xv

rement que pendant un ou deux mois qu’on peut voir des mâles dans une ruche ; dans celle qui en eft le plus peuplée, il n’y en a pas autant de centaines qu’il y a de milliers d’ouvrieres; ils font plus gros que celles-ci. Pendant le cours de chaque année , fi on en excepte peu de jours , on ne peut trouver dans chaque ruche qu’une feule fémelle ; mais qui eft capable de multi¬ plier fon petit peuple, au point que l’habitation il eft, ne fufhfe plus pour le contenir. Sa fécondité eft pro- digieufe. Telle fémelle peut dans un an devenir mere de trente à quarante mille mouches , & peut - être de beaucoup plus. C’cft à elle feule que doivent le jour tou¬ tes les ouvrières, les mâles & le petit nombre de fémclles qui naiffient par la fuite dans la ruche. Cette mere refte prefque toujours dans l’intérieur du logement ; elle eft aifée à reconnoître quand elle fe montre, fur-tout par la lon¬ gueur de fon corps ; elle eft plus longue que les mâles , quoiqu’elle foit moins groffie ; d’ailleurs, fes ailes font courtes en comparaifon de celles des mâles & de celles des ouvrières. C’eft cette mere que les Anciens ont ap- pellée le roi des abeilles, & qui eft digne d’en être nom¬ mée la reine. On ne nous en a pas impofé quand on nous a parlé du refped que les autres mouches femblent avoir pour elle. Nous prouvons par un très-grand nom¬ bre d’expériences & d’obfervations fïires, que les abeilles ordinaires font plus que de la refpeéler, qu’elles cher¬ chent continuellement à lui être utiles, à lui rendre les meilleurs offices; que fans ceffie elles lui offrent du miel, elles la lèchent, elles la brodent ; que quelque part elle aille, quelques-unes lui font cortege ; enfin , que la vie de toutes leurs compagnes n’eft rien pour elles, en com¬ paraifon de celle de la mere. Elle femble être famé de toutes leurs aétions. On verra que lorfque j’ai partagé un.

xvj PREFACE.

efiaim en deux ruches, les mouches de Tune elfes ctoient en plus grand nombre, mais fans mere, n’ont pas daigné faire le moindre travail; à peine ont-elles longé à vivre au jour le jour; elles fe font laifïe périr , pendant que celles qui étoient dans une autre ruche avec la mere, y ont travaillé, quoiqu’elles y fulfcnt en très-petit nombre. Enfin, je prouve par des expériences inconteltables, que dès qu’on a ôté la reine à des abeilles qui s’occupoient fins relâche du matin au foir à faire des récoltes de cire & de miel, elles ne femblent plus fçavoir que les plantes leur offrent des richeffcs néceffaires. A peine fortent-elles de leur ruche, & elles y retournent fans y rien apporter. Tout travail celfe dans l’intérieur, on n’y confirait pas line feule cellule de cire, on n’y achevé aucune de celles qui étoient commencées. Qu’on redonne une mere à des abeilles tombées dans une inaction complctte pour avoir été privées de la leur, dans le moment on leur rend l’aétivité & l’ardeur pour l’ouvrage; les travaux de toutes efpéces font repris. Les abeilles font non-feulement fa- horieufes quand elles ont parmi elles une mere féconde, elles le font proportionnellement à fa fécondité. Quoi¬ qu’elles ne contribuent en rien à la génération , quoi¬ qu’elles ne foient deftinées qu’à être les nourrices des vers qui éclofent des œufs pondus par la reine, l’Auteur de la Nature a voulu qu’elles s’intérefiaffent pour ces vers qui, avec le temps, doivent devenir des abeilles, autant que fi elles en étoient les véritables meres. C’cfi Ja feule efpérance de voir naître beaucoup d’abeilles qui les dé¬ termine à multiplier le nombre des gâteaux de cire, & à y mettre des provifions de miel. Dès que cette efpérance leur cft ôtée, dès que leurs travaux ne peuvent être utiles a leur poftérité, le foin de leur propre vie 11e les touche plus, elles fe mettent en rifque évident de périr de faim;

elles

PREFACE . ? xv i;

elles ne ramaffcnt plus de miel , quand celui qu elles re- cueilleroient ne ferviroit qu’à les faire vivre.

Nous nous arrêtons d’abord dans le fixiéme Mémoire, à confidérer les parties extérieures des abeilles, dont la plupart peuvent être regardées comme des inflruments, qu’il eft effentiel de connoitre pour entendre comment elles viennent à bout de flaire leurs récoltes, & d’exécuter des ouvrages fi finguliers. Elles font de la dallé des mou¬ ches qui ont une trompe & des dents. Laflruéture de leur trompe eft différente de celles de tant d’autres dont nous avons parlé dans les Volumes précédents. Pour expli¬ quer tout l’art avec lequel elle eft faite, il a fallu nous engager dans une affés longue defeription , & être aidé par les figures. Nous nous contenterons de dire que l’a¬ beille la tient ordinairement pliée en deux & comme roulée; mais que quand elle veut, elle la déplie & l’allonge. C’eft avec fa trompe qu’elle enlevé aux fleurs une liqueur miellée que la nature a mile en réferve dans certaines glan¬ des connues à préfent par les Botaniftes , mais qui l’ont cté de tout temps par nos mouches. Nous prouvons que cette trompe n’agit point à la manière des pompes, comme il étoit naturel de penfer qu’elle agilfoit, & comme on l’a fait agir jufqu’ici ; qu’elle eft une efpéce de langue velue & très-longue, qui, en léchant, fe charge d’une liqueur qu’elle fçait conduire julques à une bouche qu’il étoit très-important de connoitre. Les dents font les outils avec lefquels elles façonnent la cire : leur forme mérite cl être examinée. Nous ne difeutons pas encore dans ce Mémoire fi les abeilles trouvent la cire toute faite à la campagne , fi elles n’ont qu’à la féparer des corps étran¬ gers avec lefquels elle eft mêlée , ou fi elles ont de plus importantes préparations à donner à cette matière qui doit fournir la cire , & que nous nommons matière à cire. Tome K . c

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ou cire brute ; mais nous y faifons voir que c efl fur les plantes, & feulement fur les fleurs des plantes, que les abeilles la ramaflent. Sans avoir étudié la ftruéture des fleurs, on a vu cent & cent fois dans celle d’un lys, des blets jaunes, dans celle d’une tulipe, des filets bruns; &. on fçait que les premiers laiflent fur les doigts une poudre jaune, & les autres une poudre brune. En langage de Botanifle, ces filets font des étamines, & leurs poudres, les poufliéres des étamines. Chaque grain de ces pouffié- res a une figure confiante dans chaque efpécc de plante. Ce font fouvent des boules quelquefois bien Iphériques, & quelquefois plus ou moins allongées. Ces poufliéres font précieufes pour les abeilles, & elles le font pour nous, puifqu’elles font la matière à cire , la cire brute; elles font l’objet d’une des deux grandes récoltes que ces mouches ont à faire. Une abeille qui efi l'ortie de fa ruche pour aller en ramafler , entre dans la fleur dont les étamines lui ont paru le plus chargées de ces poufliéres , & de poulfiércs qui y tiennent moins. Nous n’avons pas dit encore que fa partie antérieure , l'on corcelet , l'es jambes & plufieurs endroits de l'on corps , font chargés de poils dont la plûpart ont une forme qui mérite d’être vue au mi- erofeope. Chaque poil relfemble à une tige de plante à qui des feuilles font attachées de deux côtés oppo- fés, du haut en bas. Une portion d’une écaille de la mou¬ che , garnie de poils , fembie au microfcope , un gazon bien fourni de jolies moufles. Ces poils font pour les abeilles, ce que les toifons font pour ceux qui ramaflent les paillettes d’or des rivières. L’abeille devient bientôt toute poudrée d’une poudre jaune ou blancheâtre, ou d une poudre d’une autre couleur, c’efl-à-dire, celle des poufliéres des étamines de la fleur dans laquelle elle s efi promenée. Les poils branchus arrêtent les poufliéres.

PREFACE. xix

La mouche fefçait couverte de cette poudre, & fçait la ramafler. La pénultième partie de chacune de fes jambes cfl faite en brofîe. Eiie palTe fur fon corps les unes ou les autres de ces brodes , & toutes ordinairement les unes après les autres. Les brolfcs retiennent un peu humides, les poufTiéres quelles ont enlevées, l’abeille les ralfemble enl'uite, les réunit en deux petits tas. La nature, ou plu¬ tôt l'on Auteur qui a pourvu à tout, a ménagé une cavité dans la face extérieure de la troifiéme des parties de cha¬ que jambe de la dernière paire. Cette cavité efi bordée de gros poils, au moyen defquels elle elt une